On était partis de Veynes en automne pour Marseille où mon père avait pris une charcuterie boulevard National. Il était descendu une paire de fois pour négocier la location du fond de commerce. Je l'avais accompagné. La première fois car je faisais mes études à Voiron, les cours ne reprenaient que fin septembre et j'étais disponible encore quelques jours. On en profiterait pour remonter une voiture que mon père avait achetée.
La guerre de 40 était terminée et la circulation redevenait normale avec de l'essence à presque toutes les pompes.
Cette voiture se trouvait à la pointe rouge dans le parc Martin. Elle avait été hébergée par les M..., banquiers marseillais, amis de mon père. Nous voilà donc à pied œuvre, prenant possession du véhicule, une 201 Peugeot.
La voiture n'était pas toute jeune, mais, n'ayant pas roulé pendant 5 ans elle semblait sortir des usines Peugeot. Démarrant au quart de tour, marché conclu on quittait la propriété des M... qui était immense, et parfaitement entretenue (pendant la guerre elle avait été réquisitionnée par les Allemands.
A la débâcle, les troupes allemandes occupantes des lieux, s'étaient retirées en laissant comme cadeaux d'adieu mines, grenades dégoupillées dans le parc.
Les propriétaires nous avaient prévenus en arrivant de ne pas quitter la route, ne pas emprunter les chemins et zones piétonnes qui risquaient bien sûr d'être minées. C'es ainsi que la transaction achevée, on rejoignait La Pointe Rouge. Mon père conduisait, moi figé à ses côtés, nous franchissions les derniers mètres "du parc M... ".
Une explosion se fit entendre lorsque nous arrivions presque à la sortie.
- "ON A SAUTE SUR UNE MINE" cria mon père !
- "Ne bouge pas, je sors".
Je restais figé, mon père sorti exécutant une chorégraphie digne du Bolchoï à Paris. Il se mit à effectuer le tour de la voiture. Et enfin comme le vainqueur de la dernière guerre ouvrit la portière.
- "Tu peux sortir maintenant, seul le train avant a été touché" dit-il.
C'était pagnolesque. Il était de la trempe d'un Raimu dans "le château de ma mère". Les deux pneus avant n'avaient pas supporté d'être gonflés. Les pauvres ! Ils étaient restés sur cales pendant 5 ans et l'air de la Pointe rouge insufflés dans les chambres à air avait été fatal pour eux...
Les chambres des quatre pneus remplacées par des chambres neuves, notre 201 pouvaient reprendre la route pour GAP.
Moments inoubliables.
Maurice

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